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mardi 3 avril 2012

En direct de l'Observatoire des votes en France

Entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2002, 
l’extrême droite progresse de 53 000 suffrages en France

En 2002, on s’en souvient, Jacques Chirac était élu au second tour de l’élection présidentielle avec 82,21 % des suffrages exprimés, après quinze jours de mobilisation contre l’extrême droite dans toute la France. 
Le score de Jacques Chirac, la forte mobilisation entre le deux tours puis les débats liés à la progression de l’extrême droite ont pu laisser à penser que l’extrême droite avait reculé. Qu’en a-t-il été dans les faits ? 

Pour mieux comprendre l’évolution de l’extrême droite entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002, rien de mieux que d’observer la progression en termes de nombre de suffrages.
En effet, en analysant les pourcentages des suffrages exprimés, on pourrait penser que l’extrême droite recule entre les deux tours, passant de 20,23 % (3,37 pour Bruno Mégret et 16,86 pour Jean-Marie Le Pen) au premier tour à 17,79 % au second tour.

En réalité, l’extrême droite progresse de 53 293 suffrages d’un tour à l’autre. Au premier tour, l’extrême droite en obtient 5 471 739 (4 804 713 pour Jean-Marie Le-Pen et 667 026 pour Bruno Mégret) tandis qu’au second tour elle en obtient 5 525 032.
Cette évolution de 53 293 suffrages peut sembler assez marginale à l’échelle nationale (0,13 % des 41 194 689 inscrits du premier tour), et reste à mettre en relation avec l’évolution de la participation (+3 334 867 votants, 8,10 % des inscrits). Cette évolution reste cependant un indicateur important à considérer, en ce sens qu’elle révèle que le vote d’extrême droite n’était pas simplement un vote de « raz-le-bol » ou de « rejet », chaque électeur ayant été informé, après 15 jours de débats intense, du sens et des conséquences d’une présidence d’extrême droite.

Géographiquement, comment se répartit cette progression ?
Cette carte montre l’écart de voix obtenus par l’extrême droite entre les deux tours
des présidentielles de 2002 (JM Le Pen au 2d tour et JM Le Pen + Bruno Mégret au 1er tour).
Les communes ayant fait reculer ce nombre de voix sont en bleu,
celles qui l'ont fait progresser sont en rouge.
A l’échelle nationale, on discerne assez nettement que la frontière Est a fait globalement reculer son vote (de la Meurthe et Moselle à Rhône-Alpes en passant par l’Alsace et la Franche-Comté, le centre de la Bretagne) tandis que le Sud Est, le Sud-Ouest et le Nord confirment leur vote extrémiste en l’amplifiant. 
L’analyse statistique confirme cette lecture, puisque les cinq départements ayant le plus fait reculer l’extrême sont le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, le Territoire-de-Belfort, la Haute-Savoie et le Doubs. A l’inverse, les cinq départements représentés sur cette carte ayant le plus amplifié leur vote sont la Corse du Sud, la Somme, le Var, les Pyrénées-Orientales et la Haute-Corse. On relève d’ailleurs que les plus fortes progressions de l’extrême droite sont constatées en outre-mer.

En voyant cette carte, on ne peut s’empêcher de penser à la carte du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen de 2005.
La carte représente le pourcentage obtenu par le oui (en vert) et le non (en violet) 
au référendum sur le Traité constitutionnel européen de 2005.
On constate en effet certaines similitudes entre les territoires ayant voté pour le oui et les territoires faisant reculer l’extrême droite, et inversement. Loin de penser que le vote au référendum de 2005 calque le vote de l’ancrage de l’extrême droite, nous constatons que les grands éléments de géographie se chevauchent en partie. Nous y voyons simplement une « mémoire des territoires », pour reprendre la formule d’Hervé Le Bras, qui mériterait d’être analysée en détail, en scrutant notamment l’influence de la taille et de la position des communes par rapport aux territoires vivant au quotidien les échanges européens (frontières de l’Est, Rhône-Alpes, Alsace, capitales régionales …)

Comme annoncé en introduction, le second exemple rappelle le rôle stratégique de la cartographie électorale, rôle complètement démocratisé aujourd’hui par la disponibilité d'outils de cartographie et la libre diffusion des résultats.
***

L'auteur de ces lignes est Xavier Degois, notre partenaire pour la conception de l'Observatoire des Votes en France, consultant en analyses électorales et géopolitiques au service de candidats aux élections et de médias.
Pour retrouver les cartes ci-dessus, téléchargez l'étude presidentielle2002.gst et chargez-la dans l'Observatoire des Votes en France (menu charger > une étude, en haut à droite de l'écran).

1 commentaire:

  1. il y a des irréductibles gaulois, dans le Cantal...

    belle analyse quand même !

    cordialement

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